C'était un lundi matin, il était précisément sept heures et trente-cinq minutes quand le métro débarque sur le quai numéro 3, le métro était blindé de personnes, les personnes étaient habillées tous de la même tenue, c'était un costard cravate, longue barbe avec des lunettes et une boucle d'oreille à l'oreille gauche.Sur la place de la Défense, c'était comme un souk ou dans une foire, il y avait plein de gens, dans les bâtiments où il y avait les bureaux, tellement qu'il y avait plein beaucoup de gens les ascenseurs était blindés, bloqués jusqu'au vingtième étage même les accès aux bureaux étaient impossibles, mais quand on rentre dansnotre bureau, c'est un véritable bonheur.Mohamed CherifTexte numéro 2C'était se réveiller un matin pour aller au travail.C'était sortir de chez soi. C'était marcher dans la rue. C'était chercher une personne qui pourrait intégrer le groupe de musique Rock. C'était se faire bousculer par plusieurs personnes par faute d'avancer. C'était être captivé par le visage de tout le monde. C'était entendre une remarque sur le fait de ne pas avancer assez vite. C'était entendre cette voix amicale. C'était se retourner discrètement. C'étais reconnaître cette personne familière grâce à la boucle que je lui avait offerte.C'étais demander confirmation sur son identité. C'étais avoir confirmation. C'était engager la conversation. C'étais lui proposer de reformer le groupe d'avant. C'étais recevoir une réponse positive. C'étais continuer le chemin ensemble. C'était se donner le rendez-vous le soir même. C'était le ramener jusqu'à son travail.Eugénie Collet*(note : je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai pas réussi à mettre en forme correctement cet article-là, malgré plusieurs tentatives. Que leurs auteurs m'en excusent)
ateliers d'écriture sur le thème de la tenue de travail, menés à Saint-Brieuc en septembre et octobre 2012
(les glaneuses détournées sont de Banksy)
vendredi 5 octobre 2012
C'était 1 et 2, par Mohamed et Eugénie
Texte numéro 1
C'était / être(s) dans la foule,1er exercice
C’était voir arriver un nouveau, jeune diplômé, en costume, bien rasé, bien coiffé, timide, volontaire, et savoir que, petit à petit, il ferait tomber la cravate, puis le costume, et prendrait autant de pauses café que nous.
Joachim Séné, C'était
*
Pour cet atelier, proposé au lycée Jean Moulin comme au Conseil Général, j'ai demandé aux participants de s'imaginer dans la peau d'un homme ou d'une femme travaillant dans un bureau, plus exactement dans un open space situé dans une grande ville.
Pour cela, je me suis appuyée sur un texte de Joachim Séné intitulé C'était, paru tout d'abord en numérique aux éditions publie.net puis, récemment, aux éditions publie papier.
De Joachim Séné, dont voici le site, on peut également lire Sans, autre texte paru sous format numérique et lié au travail.
Voici ce que dit l'écrivain et éditeur François Bon de C'était pour le présenter :
"Informaticien, Joachim Séné décide de quitter son travail pour écrire. Mais les fantômes sont coriaces – chaque c’était, en tête de chaque paragraphe, ira harponner à rebours un des éléments de l’ancienne vie salariée, la vie moderne des bureaux d’aujourd’hui, et leur informatique.
De Joachim Séné, dont voici le site, on peut également lire Sans, autre texte paru sous format numérique et lié au travail.
Voici ce que dit l'écrivain et éditeur François Bon de C'était pour le présenter :
"Informaticien, Joachim Séné décide de quitter son travail pour écrire. Mais les fantômes sont coriaces – chaque c’était, en tête de chaque paragraphe, ira harponner à rebours un des éléments de l’ancienne vie salariée, la vie moderne des bureaux d’aujourd’hui, et leur informatique.
Condition moderne du travail : au coeur de la capitale, en vue de la Tour Eiffel, avec la pause clope sur le trottoir et les touillettes de la machine à café. Et pas un travail aux mains noires : le code, les bases de données.
Une expérience formelle dérangeante, la netteté de ce qu’on voit, l’abstraction du monde, le quotidien du corps et des paroles, les chefs et le retour chez soi.
Mais à l’inverse, qu’il nous accorde de découvrir, dans ces 53 semaines en 5 fragments, sans jamais dire "je", une mise en écriture résolue, politique et tout aussi coriace, du nouveau visage du monde du travail et des écrans.
Les textes de littérature qui ont le mieux honoré les contradictions propres au monde du travail, et ce qui y émerge de notre humanité nue, sont ceux qui ne poursuivaient pas le travail lui-même, mais bien leur seul principe littéraire. Ce n’est pas l’open space et les écrans qui nous feront rêver ici, c’est l’aventure renouvelée du roman, à échelle des êtres – même si parfois, pour cet instant, pour cette silhouette, cinq lignes suffisent."
Je me suis servie de cette particularité du texte de Joachim Séné (parler d'un soi qui n'est pas entièrement soi en commençant toutes les phrases par C'était et en ne disant jamais je) pour en tirer deux exercices.
Pour être plus précise, j'en ai proposé un à tous les participants, que je vais détailler ci-dessous, et un second aux seuls lycéens de Jean Moulin, que je vois plus longuement. Tous les textes des lycéens seront intégrés sous la consigne, à venir, du second exercice. En effet, il est lié au premier et il m'a paru plus judicieux de les réunir dans un seul ensemble.
Voici donc, pour commencer, la consigne du premier exercice :
Choisissez d'être un homme ou une femme qui se rend le matin au bureau et se retrouve bientôt noyé dans une foule d'autres travailleurs habillés de la même façon, empruntant le même chemin. Tous se dirigent vers un ensemble de tours et utilisent les transports en commun. En vous inspirant de la contrainte d'écriture de Joachim Séné (ne pas dire je, commencer les phrases par C'était, se servir de verbes à l'infinitif), décrivez ce passage vers la vie de bureau en essayant (par un détail lié à la tenue, à la façon de marcher, aux pensées de cet homme ou de cette femme...) de particulariser ce personnage, de le rendre un peu différent des autres. N'oubliez pas que c'est lui, ou elle, qui parle.
Ci-dessous les textes des participants aux ateliers du Conseil général.
Pour être plus précise, j'en ai proposé un à tous les participants, que je vais détailler ci-dessous, et un second aux seuls lycéens de Jean Moulin, que je vois plus longuement. Tous les textes des lycéens seront intégrés sous la consigne, à venir, du second exercice. En effet, il est lié au premier et il m'a paru plus judicieux de les réunir dans un seul ensemble.
Voici donc, pour commencer, la consigne du premier exercice :
Choisissez d'être un homme ou une femme qui se rend le matin au bureau et se retrouve bientôt noyé dans une foule d'autres travailleurs habillés de la même façon, empruntant le même chemin. Tous se dirigent vers un ensemble de tours et utilisent les transports en commun. En vous inspirant de la contrainte d'écriture de Joachim Séné (ne pas dire je, commencer les phrases par C'était, se servir de verbes à l'infinitif), décrivez ce passage vers la vie de bureau en essayant (par un détail lié à la tenue, à la façon de marcher, aux pensées de cet homme ou de cette femme...) de particulariser ce personnage, de le rendre un peu différent des autres. N'oubliez pas que c'est lui, ou elle, qui parle.
Ci-dessous les textes des participants aux ateliers du Conseil général.
C'était...
C'était se lever tôt et avoir envie de rester encore dans son rêve, bien au chaud sous la couette. C'était éteindre ce satané réveil, s'étirer, poser un pied par terre puis l'autre et se diriger vers la salle de bain si froide, se doucher, s'habiller.
C'était boire son jus d'orange, chauffer son lait, y ajouter les céréales et surtout se presser, retourner à la salle de bain, arranger sa coiffure, se regarder une dernière fois dans le miroir et se trouver belle.
C'était marcher d'un pas alerte, continuer de rêver et regarder les autres, tristes, maussades. C'était sourire à cet enfant qui ne veut pas aller là où sa mère l'amène. C'était s'imaginer au soleil, loin de ces rues grises, de ces rues pavées qui abiment ses chaussures, de ces nuages. C'était entendre un laveur de vitres qui s'exclame sur son passage "un ange passe…"
C'était ouvrir la porte du magasin, sourire à sa collègue et se dire que la journée allait être magnifique.
Minibreiz
C'était...
C'était un jour d'hiver, le réveil m'avait surpris dans mon sommeil. C'était un jour où le temps semblait défiler très vite. C'était une course qui s'engageait contre le temps. C'était une course où il y avait des codes à respecter (tenues, présentation). C'était un jour où le métro était rempli. C'était un jour où je m'aperçus que les voyageurs allaient tous dans la même direction et me scrutaient, me dévisageaient.
C'était un jour où j'arrivais au bureau différent des autres jours. C'était un jour différent parce que je lisais sur les visages des autres collaborateurs. C'était jour différent et cela on me le fit remarquer. C'était un jour différent et cela était dû à ma tenue (chaussettes différentes).
Jean-Claude
C'était...
C'était le lundi nouvelle semaine qui démarrait et plus le temps de se poser des questions, il fallait partir pour bondir dans le bus qui m'emmenait vers ce bureau impersonnel avec tous ces collègues, qui au même moment se dirigeaient vers le même endroit.
C'était plus prudent d'avoir chaussé mes tennis pour faire le transport. Dans mon sac j'avais mes chaussures de ville assorties à ma tenue tailleur pantalon, que je mettrais arrivée au vestiaire.
C'était une épreuve contre la montre car on calcule au plus juste pour ne pas sortir trop tôt, encore ne faut-il pas rater les correspondances. C'était une qualité d'être ponctuelle, surtout ne pas se faire remarquer.
C'était être attentif au flux de la foule, les détails aller dans une voiture plutôt qu'une autre.
C'était faire correspondre les lieux avec le temps restant disponible.
C'était l'habitude et l'expérience.
C'était le train train quotidien qui démarrait notre journée de travail.
C'était...
C'était déposer les enfants à la garderie de l'école du quartier avant d'attraper le but qui m'amenait au métro, et c'était avoir envie de les retrouver au plus vite le soir et rêver de faire le travail buissonnier pour un jour.
C'était rester debout, sortir mon livre, ne croiser aucun regard et compter 8 arrêts avant de descendre et c'était toucher dans la poche de ma veste un coquillage des vacances et rêver d'y être encore.
C'était marcher le plus vite possible pour gagner du temps sur le temps que j'avais à travailler, prendre l'ascenseur qui m'amenait à mon bureau et c'était de me dire qu'un jour...
Joelle
C'était...
C'était marcher, courir, haleter comme
chaque jour et rattraper un temps que l'on croyait perdu
c'était regarder, ses chaussures bleu
azur et mieux suivre les autres sans se soucier des autres.
C'était prendre un bain de cette foule
écoeurante à défaut de toilette et se laisser porter par la masse
en mouvement.
C'était sentir son corps, assailli de
toute part et voir sa belle cravate, orange et parfumée, coincée
dans une porte, celle d'un bus bondé, démarrant comme un fou.
C'était rêver un temps, d'en finir
pour longtemps, d'échapper à la horde et de marcher au calme pour
la dernière fois, le dernier instant, du dernier jour dernier.
C'était s'arrêter à la porte, la
même depuis 20 ans et savoir qu'à 20h, l'avion décollerait pour ne
plus revenir.
C'était partir au loin, dans un désert
sans nom, sous une tente modique, entouré d'animaux.
C'était agiter le réel pour chasser
la fiction et se dire que cette fois, le pas était franchi.
Arnaud
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