ateliers d'écriture sur le thème de la tenue de travail, menés à Saint-Brieuc en septembre et octobre 2012
(les glaneuses détournées sont de Banksy)

vendredi 19 octobre 2012

En tenue, Atelier 62 de Martine Sonnet



















« Veston de bleu de travail grand ouvert, le plus possible, sur le maillot à côtes un peu taché. Habillé en homme qui n'a jamais froid. Corps qui a capturé le feu de toutes les forges : de la sienne, artisanale et de campagne, à celles, titanesques, de Renault à Billancourt. Un homme réfractaire, comme on dit des matériaux qui gardent la chaleur. Le pantalon consolidé par des pièces d'un ton de bleu que, même en noir et blanc, on devine moins passé... »

Martine Sonnet, Atelier 62

Les chapitres intimes alternent rigoureusement avec d'autres, très documentés et brossés d'une plume sèche, qui retracent l'histoire des forges de Billancourt, au cours des années où Amand Sonnet y travailla. Ainsi, d'un bout à l'autre d'Atelier 62, le portrait d'Amand Sonnet s'inscrit-il dans un tableau plus vaste : l'histoire collective des centaines d'ouvriers qui, comme lui, travaillèrent sur le site, et luttèrent pour d'hypothétiques améliorations de leurs conditions. Comme par un effet d'optique, directement produit par la construction du livre, Martine Sonnet parvient à élargir encore davantage le cadre, pour donner à voir, en réalité, l'histoire contemporaine de la France, de l'immédiat après-guerre aux années 70, telle que la raconte la vie des gens ordinaires. C'est tout ensemble instructif, poignant, et plein de noblesse.

Nathalie Crom, Télérama n°3031

*

Lors de la dernière séance au Conseil général, j'ai eu envie de présenter le travail de Martine Sonnet, en particulier les chapitres 8 et VIII de son premier livre, Atelier 62, paru en 2008 aux éditions Le Temps qu'il fait et qui trace un portrait de son père en croisant, comme le précise son éditeur, mémoire collective et souvenirs familiaux dans un hommage à toute une génération d'ouvriers
Egalement historienne, Martine Sonnet a réalisé à propos de son livre un dossier très complet, que je vous invite à consulter ici : outre des coupures de presse, on y trouve de nombreux liens et quelques uns des documents (photographies, publicités...) qui lui ont servi lors de l'élaboration de l'ouvrage ; documents qu'elle insère parfois directement dans le texte. 


(ci-dessus, un extrait de documentaire consacré aux deux rues avoisinant l'usine de Billancourt)

Les chapitres 8 et VIII sont consacrés aux vêtements : ceux que sa mère, couturière, bâtit ; ceux  de son père, forgeron, tenue de travail qu'elle évoque en citant des articles de L'Echo des métallos et des petites annonces publicitaires pour les magasins spécialisés.
Après en avoir lu des extraits, j'ai proposé aux participants de l'atelier de réfléchir à ce qu'ils pourraient utiliser pour tracer à leur tour le portrait d'un proche en évoquant sa tenue. Quelqu'un qui, comme Amand Sonnet, doit ou devait s'habiller d'une certaine façon pour des raisons précises (sécurité, hygiène, marquer son appartenance à un corps, être immédiatement identifiable, etc).

J'ai également cité le nouveau texte que Martine Sonnet vient de faire paraître chez publie.net, Couturière, fiction que l'on pourrait rapprocher du chapitre 8 d'Atelier 62 et dont on peut trouver le début sur le blog de Brigitte Célérier

Tenue d'avant


"Où est ma chemise noire aux manches bouffantes", entendais-je crier mon père, depuis la grange du fond, avec de la terre battue et une immense cheminée. "Mon écharpe rouge est-elle sur le cintre ?"

Le trac et le stress se ressentaient dans la maison. Le spectacle approchant, la nervosité de mon père faisait trembler les murs et le fer à repasser.

J'adorai repasser les chemises de mon père, cela était, à mon sens, l'unique lien entre nous, lien par ce fil du fer à repasser, la vapeur comme des pensées qui se volatilisent, l'eau s'échappant du réservoir comme mon enfance, envolée. Mais je détestais repasser celle-là, bien trop difficile avec ses plis, sa dureté du tissage, sa rudesse.

Cette chemise noire aux manches bouffantes donnait à mon père une aura hors du commun. Telle une cape, l'enveloppant dans son monde irréel, inaccessible, un monde utopique, un rêve lointain, dégageant des mots, des mélodies, des sons et des paroles libres, dures, fortes devant un public attentif. Son écharpe rouge, telle une écharpe d'enfant, douce, délicate, donnant envie de la toucher, de la glisser sur son cou, de la caresser. Elle apportait une légèreté, une fantaisie incongrue sur cette chemise noire aux manches bouffantes.

Telle une chauve-souris, prêt à prendre son envol dans sa chemise, mon père entamait son récital. Assise dans la salle, je contemplais mon père, les yeux éblouis, envieuse de son statut, de sa position là, d'être sur scène, devant un public, devant son élan, à mon tour, prête à fredonner avec lui ses chansons.

Depuis, à chaque anniversaire de mon père, je suis à la recherche d'une chemise semblable, dans chaque région que je visite au fil de mes vacances d'été. De petites boutiques en petits bazars, je fouille, je farfouille, comme une enfant, haletante de trouver le trésor. J'en ai trouvé une, une seule fois, telle une merveille, avec des boutons en bois, noire aux manches bouffantes, et je l'ai fait enveloppée dans du papier de soie. Je la trouvais magnifique, aussi fragile que moi à ce moment.  

Naïs

mercredi 17 octobre 2012

En tenue...

C'était l'autorité même ce maître d'école avec sa blouse grise et sa chemise à carreaux en dessous, ça ne donnait pas envie de le chahuter. C'était le savoir sur patte et comment faire plaisir à ses parents si ce n'est avoir de bonnes notes à l'école pour prétendre plus tard avoir une meilleure situation professionnelle que celle de ses parents.
Et surtout ne pas se faire remarquer en négatif, ne pas leur faire honte.
Nous aussi élèves nous avions une tenue imposée pour aller en cours, la blouse de la rentrée nouvelle chaque année, le maître et nous faisions sûrement nos achats au même endroit.


Chez Rozenn

Fabricant de blouses et vêtements de travail

Blouses de laborantin
Blouse de vacher
Blouse de femme
Blouse d'homme

Bleu
Blanc
Noir
  Marine


ZONE COMMERCIALE LAMBALLE

En tenue...

Maîtresse femme consommée paysanne avertie combien de marches et quels moyens lui restaient-ils pour accéder à l'état d'homme, être reconnue comme tel.
Quels stratagèmes, quels usages.
Le seul qui lui parut acceptable était de leur ravir la fonction de porcher, il y a de cela pas loin d'un siècle.
Une spécificité d'hommes qu'ils n'aimaient pas vraiment et accomplissaient à contre-coeur. La mise à la reproduction des cochons. 
C'est par son accoutrement qu'elle manifesta cette volonté, le "bonnet russe" foulard noué aux quatre coins sur ses cheveux.
Et puis la série des tabliers, celui de tous les jours qu'elle conservait du matin au soir était recouvert d'un plus âgé pour aller (...).
A sa descente aux soues à cochons elle revêtait sa "floupe", sorte de grand manteau sale sans couleur à l'odeur nauséabonde. Elle glissait ses pieds dans d'anciens sabots de caoutchouc rouges, usés au talon et remplis de paille. 
Avant d'entrer dans la cour avec les bêtes, elle mettait devant elle, ultime protection, le tablier de "Guano" en fait un sac de jute plié au milieu et dans lequel était passée une ficelle.
Alors seulement elle entrait au milieu de ses bêtes, bardée de l'apparence surtout visuelle et olfactive d'être devenue un véritable porcher. 
Personne ne lui disputerait cet état. 

Le Chapelin

Au bureau...

Je me revois, le soir, alors qu'il se fait tard. La lune éclaire un bout de ciel noir, comme la lumière qui scintille dans les pièces des maisons voisines. Je ne dors pas, j'écris mes tourments.
Je me revois à d'autres moments, marchant dans la neige. Les flocons légers me ramènent à une pure beauté.  J'aimerais revivre cet instant.
Je marcherais alors pieds nus pour que la neige se colle à ma peau, et que mon corps frissonne tout entier par elle.
Je me revois encore, à demi éveillé, me laissant aller hors du lit, happé par les cloches qui sonnent le réveil. Il fait encore nuit. Les étoiles brillent dans le ciel de l'hiver. Je dois me préparer, mon travail qui m'attend me demande un effort. J'aimerais cependant me dire que ce n'est pas fini, au contraire, j'aimerais avec enthousiasme me dire qu'une belle journée m'attend, je serais heureux de m'y rendre, chantonnant. 
Je me revois encore le dimanche après-midi, abattu par le repas trop riche et une semaine chargée d'un travail trop dur. Je me suis laissé aller à mes rêveries, seul dans mon appartement, mon canapé me supporte depuis tant d'années. 
J'aimerais alors me dire qu'il y en avait plein d'autres, de ces dimanches, à refaire ma vie en rêveries éveillées. 
Et que tous ces hommes m'entendent et me voient, clamant mon innocence.
Non, je ne l'ai pas tué cet homme, je vous l'assure, je suis innocent, ce n'est pas vrai.
Hélas, je ne me mettrai plus à ma fenêtre, humant l'air frais et les parfums du dehors, du blé fraîchement coupé, des rayons de soleil inclinés et les ombres des arbres portées sur la terre pourpre...

Joëlle

Au bureau...


Je suis seul, las, devant ma table à plancher, perdu dans des étoiles que je n'atteindrai jamais. Je suis seul, là, enchaîné à ce pupitre dont je voudrais m'extraire et la lune me toise avec ironie, comme pour me sermonner : Qu'attends-tu me dit-elle?

J'arrache mon armure et je sors de ce lieu. Je piétine l'asphalte, écrase tout ce que je peux, la rage, la hargne, je ne m'arrête plus jusqu'à être exténué – pause.
J'arrive chez moi, je ne comprends pas pourquoi? J'entre, me vautre, m'affale – tout oublier – jusqu'à demain…

Marre de me taire ; je veux que l'on m'entende. J'aimerais haranguer la foule et l'emmener avec moi, la dominer, la porter vers l'absence de contrôle, violence, agression, acharnement – Non, trop simple – réveille toi!

Je me suis assoupi, j'ai cru à mes folies mais le ciel est toujours là, noir et lugubre, sans au-delà, quel idiot je fais – saute la fenêtre et laisse filer tes pas – je vole, je franchis, je traverse, je rêve, éveillé…

Je marche, toujours, à n'en plus finir, dans un espace sans fonds. Je me perds – j'oublie mais je profite – le silence – la solitude – la liberté…

Pauvre de toi, ouvre les yeux. Je les ouvre et je regarde – rien, mais rien ne se dégage. Beau rêveur, retourne à ton labeur et pousse ton roc. Je réfléchis, encore, encore, encore et je suis seul, devant ma fenêtre, à flancher…

Arnaud Vigneron

vendredi 12 octobre 2012

Au bureau, séance d'après un recueil de poèmes de Robert Walser


















Disparus, pour un temps, la modernité des open spaces, les transports en commun, l'informatique...
Cette semaine, au lycée Jean Moulin, au Conseil général comme à la médiathèque de Plérin, où je me suis rendue pour une séance, tout le monde s'est retrouvé en 1909, dans la peau d'un Robert Walser de vingt ans, commis de bureau, attablé sous l'oeil de son chef et se grattant le cou. 

Comment s'évader, mentalement, tout en restant assis sur sa chaise ? Par quelles contorsions peut-on se retrouver ailleurs, dans un champ de neige, un lit ou devant une foule à laquelle, soudain, on s'adresse ? 
En s'appuyant sur quelques unes des gravures de Karl Walser, frère de Robert, illustrant le recueil de poèmes Au bureau, j'ai demandé aux participants d'écrire un texte à la première personne dans lequel le commis, qui s'ennuie, réussit à prendre la tangente tout en demeurant immobile. Quels rêves, désirs et souvenirs peuvent bien animer celui qui ne peut pas bouger, prisonnier de sa chaise comme du jugement d'autrui ?

On sait que Robert Walser commença à travailler à 14 ans et dut, dans sa jeunesse, exercer de nombreux métiers alimentaires pour pouvoir écrire. A ce propos, Charles Méla, directeur de la fondation Martin Bodmer, qui accueillit une exposition sur Walser en 2006, Territoire du crayon, écrit :

(...) lui, le poète, "prolétaire, aimerait-on dire", n'est pas broyé, il s'arrange plutôt de cette double vie, il tire son épingle du jeu de cette division, il est le laquais, le domestique, le commis, mais qui s'évade aussi bien, muse et musarde dans l'intervalle des moments où il est voué consciencieusement à la tâche de servir. Bref, il garde sa liberté de mouvement dans une existence de contraintes. Ainsi résume-t-il son humble vie, qui se partage entre un quotidien bureaucratique et l'école buissonnière, se composant à la fois "de travail de bureau et de paysage, d'air libre et de prison, de liberté et d'entraves, de strict accomplissement du devoir et d'agréables flâneries, promenades et vagabondages rouges, bleus ou verts".

Le texte des participants a été écrit partir de six gravures à disposer dans l'ordre qu'ils voulaient - sauf pour la première et la dernière, imposées.

Rêverie...

Ce soir je suis inspiré... Avant d'aller dormir, j'ai très envie de commencer à rédiger mes souvenirs d'enfance. Quel beau clair de lune, le jardin est si joli la nuit aussi.
Je me revois dans une petite chambre sous le toit à la tapisserie en toile de Jouy bleue et précisément dans ma chambre d'enfant à la fenêtre sans volets je pouvais là aussi voir le jardin de la maison surtout par les nuits de pleine lune. 
Pas de bruit, tout semble dormir...
Je me souviens des longues promenades dans la campagne, j'aimais marcher pendant des heures, tranquille, imaginant un avenir où il m'arriverait plein de choses surprenantes. Je partais dans de grands projets, je me voyais haranguer des foules, ralliant tout le monde à mes idées, convainquant les plus indécis. 
Je rentrais chez moi épuisé mais heureux et continuant à élaborer les projets et les rêves les plus fous, allongé sur le canapé du salon. Mon imagination n'avait pas de bornes ! Rêver, rêver, rêver encore en regardant le paysage que j'aimais tant, la forêt au loin, avec ses arbres démesurés, le jardin de la maison avec son petit potager que mon père faisait amoureusement, les fleurs à foison et la grande allée qui serpentait et semblait s'évader comme moi-même...

Monique Perronno

Evasion au travail

Mon cou me gratte, mon désir de liberté me démange je voudrais fuir ce travail fastidieux pour m'envoler vers d'autres horizons.
La lune est si belle, je sens qu'elle m'appelle 
elle me dit suis-moi, viens je t'emmène vers les étoiles...

Un instant j'oublie les comptes et l'oeil sévère de mon chef, je ne suis plus dans ce bureau
mais assis dans mon lit je regarde par la fenêtre les étoiles qui brillent et qui me font rêver - je m'évade un instant pour contempler l'univers - 

Mais je reviens petit à petit dans la réalité
je me sens prisonnier marchant dans cette tempête de neige où seuls mes pas marquent le paysage enneigé aussi froid que mon travail - et que mes habits rayés de prisonnier - 

Puis tour à tour je change de rôle et de position, allongé sur un sofa je dors à poings fermés et je repars dans ma rêverie
il fait très chaud je sens le soleil sur ma peau, je suis pieds nus sur la plage et la mer vient me chatouiller les orteils. C'est si bon...

Et me voilà grimpé sur un monument aux morts et j'invite les passants à se réveiller. 
Fuyez la réalité, autorisez-vous à rêver. Personne ne vous volera vos rêves, bougez, chantez, aimez et voyagez... Riez, vous êtes vivants. 

Le jour a succédé à la nuit et je m'étire assis près de la fenêtre ouverte où je sens le vent léger et frais qui m'apporte l'odeur de la terre. Voici le printemps qui s'éveille. Je m'autorise encore un instant de rêver...

Un monde de travail et de rêves...

Travailler est pour moi le garant d'une certaine liberté, tout du moins celle de subvenir à ses besoins les plus élémentaires.
Tête baissée, je remplis les pages d'un registre, ce qui produit en fin de journée une raideur dans le cou.
Je rêve à une détente de tous mes muscles, alors les chiffres et les lettres du registre se transforment en oiseaux et s'évadent dans le ciel en direction de la lune. 
Il est bon de penser que moi aussi je pourrais m'évader par la fenêtre.

J'ai du mal à plonger dans un sommeil réparateur, il y a trop d'étoiles dans le ciel.
Je revois les chiffres et les lettres qui tournent et dansent autour de la lune.
et je rêve... peut-être qu'un jour l'homme ira sur la lune.

J'entends le vent souffler sous la porte
     je restais blotti sous l'édredon ?
non  comme chaque matin je laisse
        la trace de mes pas dans la neige.
Je respire l'air glacé et le vent me fait pleurer.
C'est comment sur la lune ?

Un jour je crierai au monde
mon rêve le plus fou.
Je prendrai des vacances sur la lune !

C'est l'endroit préféré de mon habitation. "le sofa".
détente complète...
le cou détendu...
les yeux fermés...
Je ne rêve plus, je récupère la fatigue de ces longues journées derrière des registres qui demandent sans cesse à être recouverts de chiffres et de lettres.

Le ciel est bleu,
la lune a disparu.
Je découvre la nature sous le soleil.
J'ai de la chance,
ma planète est belle.

Vagabondage

Je suis assis là
Je me tiens coi
Son regard posé sur ma nuque, sur mon cou
M'irrite, me gratte,
Et le temps passe,
Lentement.
Engoncé, à l'étroit
Dans mon costume droit
Je remplis les pages de lettres mortes
De lignes faites de mots indifférents
De colonnes austères pleines de chiffres semblables.
Je suis assis là
Je m'y tiens, quoi...
Ma vision à la lune s'élève par à-coups
M'invite, me happe
Et le temps s'efface,
Rapidement.
M'évader, par les toits,
Passer l'arbre à gauche
Je m'emplis d'images, fenêtres, portes
De lignes courbes dérivant de phrases en sentiments
De colonnes légères pleines de feuilles innombrables...

Vagabondages

Nocturne. Mes fenêtres comme des échappées, des possibles où s'engouffre mon ennui. Ma main cherche à tâtons l'ouverture, la faille vers l'ailleurs. Mais mes yeux retiennent, rejoignent, raisonnent, trouvent ce papier dont les lignes me hameçonnent. Je suis pris au filet du devoir mais la lune me crie "ailleurs" et "autrement"... Mes doigts sur ma nuque cherchent l'hameçon... et je ne résiste pas à l'évasion, je pars, m'éclipse, me transporte, me sauve, deviens ce héros qui défend les foules laborieuses, les sauve de cette prison qui retient les jambes sous les bureaux et les âmes dans des cages du "rendre sa copie"; du "finir à temps", du "être efficace et productif"... Je deviens ce héros qui autorise enfin le rêve, les fenêtres ouvertes et les foules.

La lune a disparu, je me suis échappé dans un néant blanc. J'ai perdu mon statut au travail en finissant ma journée et je ne suis plus la statue qu'acclame la foule avide d'échappée...
Je suis dans un néant de moi, je traverse ce no man's land du "faire à l'être"...
Je marche vers mon rêve, vers les petites voix qui s'échappaient de ma nuque impatiente, au bureau.

Mais seul avec moi, sans attente autre que l'écoute de mon âme, toujours cette fenêtre, toujours cet ailleurs, l'incitation au voyage, une herbe plus verte ailleurs. Le rêve est-il dehors ou dans cette position alanguie, moelleuse et débranchée. Que demande mon corps... La lune est un cristal de bonheur et l'enfant se souvient d'un grand désordre clair.
J'essaie encore. Ce relâchement, cet abandon où l'esprit prend sa dimension quand les paupières baissent leurs rideaux. Et ce n'est plus un paysage mais une histoire, un monde à lui tout seul, un microcosme que ma pensée dessine et où je perds mes limites, où je me noie dans un infini de moi-même,... dans l'immobilité.

J'ai ouvert les yeux et la fenêtre est toujours là, m'offrant ses limites verdoyantes et féminines, ses chemins construits, ses lignes rassurantes. Je suis dans la vie, et hors de la vie, observateur passif qui reçoit cette image comme un tableau offert. Mon esprit s'apaise et se vide de ce qu'il reçoit. Je m'ouvre et j'appartiens à ce monde-là aussi, mon bureau est un mur. 

Margot

Les vacances, par Laurie


J’étais au travail, il était tard. J’étais accoudée et je commençais à rêver. Je voulais être dans mon canapé, à dormir et vouloir, aller à la neige, vouloir s’évader, partir en vacances, ne plus avoir la tête à travailler, penser à ce qu'on pourrait faire au lieu de travailler. Partir au ski les vacances suivantes et ne pas pouvoir dormir car j’étais trop préoccupée à regarder la neige tomber. Penser à mes vacances qui seront mieux que d’être au bureau et que d’avoir mon patron sur le dos. Je rêvais de me révolter, de me mettre devant plein de personnes et de dire à quel point j’en avais marre de devoir travailler tard le soir. Et que quand je rentre que j’ai dormi que je suis en repos, je me mets à ma fenêtre les bras derrière la tête et bronze avec le soleil, la fenêtre ouverte comme si j’étais en vacances, se reposér et ne plus pense au travail.

Laurie

L'imagination, par Clémence (Quillio)


Il fait nuit, je suis dans mon bureau en train de travailler, surveillé par mon patron.

Je suis fatigué, tellement fatigué je n'ai qu'une envie pouvoir rentrer. Je me sens si surveillé que je dois bien travailler mais je n'est plus la force, le moral n'est pas là.
Ce que j'aimerais ? me réveiller de bonne humeur, en plein forme dans mon lit et me dire qu'aujourd’hui j'aurais cette journée devant moi, pas de travail. Je prendrais toute ma matinée pour me préparer. Ensuite j'irais me promener seul, loin très loin, dans un désert ! J'aimerais entendre le son de la nature et non le bruit de cette population. Je serais donc seul dans ce désert, qui me paraîtrais super loin mais enfin de compte au bout de ce désert se trouverais une petite ville. J'entrerais dans cette ville et j'expliquerais à tous ses habitants pourquoi je serais là. J'aimerais aussi pouvoir rentrer a toute vitesse chez moi et m’étaler dans mon canapé. Il fait jour, je suis de retourne chez moi, assis sur ma chaise la fenêtre ouverte, je prends l'air, je suis si fatigué, mais demain sera la même journée.



Clémence Quillio 

Au bureau..., par Chloé


Il est tard, je suis encore au bureau, mon patron est comme toujours en train de me surveiller. Je déteste mon travail, je déteste mon patron...

Toutes les 5 minutes je regarde la pendule. Voilà ! enfin il est l'heure de rentrer ! Je pense, je m'évade...
Je m'imagine être à l'air libre, depuis 7 heures ce matin, je m'imagine ailleurs. Je me vois me baladant en pleine nature, entendre les oiseaux chanter...
Ou je m'imagine dans ma chambre, au calme, allongé tranquillement sur mon lit. Ne plus penser à rien. J'ai du mal à reprendre ma concentration, je suis perdu dans mes pensées.
Trop de pression au bureau, toute la journée mon patron me donne des ordres. Je m'imagine gouverner un  peuple, être le patron. Diriger et ne plus être dirigé !


Chloé SERRAZANETTI

Au bureau..., par Morgane


Photo 1 :


Je travaille très tard le soir. Il fait nuit. La lune m'observe à travers la fenêtre. Mon travail m'épuise mais par obligation je continue. Je travaille avec ma main dans la nuque car elle me fait mal. A certains moments mon esprit s'évade.



Photo 2 :



Je me souviens de mon voyage en Afrique su nord où tout était désert, calme et où je pouvais penser à moi. J'étais au calme et mes semaines de vacances ont passé trop vite, le retour a la réalité était dur.



Photo 3 :



Je me souviens de mes jours de congé où mes pensés étaient vides, où ma mémoire n'avait aucune image. Ma journée je l'ai passée affalé dans le canapé. décontracté tout en dormant.



Photo 4 :



Je me rappelle d'un de mes rêves que j'ai fait après ma dure journée de travail. J'étais debout sur une estrade devant une foule en colère. J'exprimais ma colère et donnais mon point de vue. Il y en avait marre de tous ces patrons qui nous donnaient du travail en continu et en plus travailler avec des horaires irréguliers.



Photo 5 :



Je pense à mes grasses matinées que j'aurais dans mon futur, à ma retraite je l'espère. Mais pour l'instant je dois continuer a travailler encore longtemps.



photo 6 :



Voilà enfin le week end, je ne ferai rien pendant 2 jours, à ne plus rien penser, à se vider la tête avant de  reprendre une nouvelle semaine.



Morgane Buannec

Au bureau...


1- je suis encore au bureau depuis 7 h du matin. Je me sens observé par mon patron. Un patron qui observe tous mes faits et gestes. Je suis trop fatigué pour lire mes dossiers. Je sens mes yeux qui se ferment petit à petit.

2- Je me trouve sur un monument historique a me révolter contre les patrons qui profitent de leurs employés.
3-je me trouve dans mon canapé et à m'endormir dans le canapé.
4-Je n'arrive pas à dormir, je décide de me lever de mon lit pour aller voir les étoiles.
5-Je me promène sous la neige dans le froid mais je me sens libre.
6-Je suis posé devant la fenêtre a admirer le paysage.


Cyndi MOISAN

Au bureau...


Si j’ai le malheur de relever la tête, je risque encore de me cogner dans la lampe et même de m’y brûler. J’ai des fourmis dans les jambes et comme des poux sur le cou. Je déplie mes doigts pour me gratter et enrage de pas pouvoir bouger.

Si je m’écoutais, j’irais défendre la cause de tous les miens, le bras levé à haranguer la foule !

Mais tout ça me fatigue, le jour je rentre du travail pour profiter de mon joli salon en velours vert et je m’écroule sur mes propres rêves. Anéanti.

C’est comme marcher dans la neige avec au loin les collines balayées par les flocons. Une balade que je ne peux faire qu’en rêve.

Réveil en sursaut, le nez sur ma table. Il fait jour. J’ai dû encore m’assoupir, c’est sûr. Je vais aller ouvrir la fenêtre et me poster là, collé à la vitre, en attendant la relève. Pas trop tôt.

Agnès

Au bureau...


Un registre, une plume qui crisse attirant chaque fois le regard imaginaire du chef de bureau qui pèse, soupèse, va venir lire..
Qu’est ce qui l’alerte, le crissement ou son absence trop longue ?
Ces temps bénis où je vise l’alignement entre l’angle de la vitre, enfin la pointe supérieure qui se termine dans Orion entre Riguel et Bételgeuse.
Je suis alors un Jules Verne, au delà de l’espace et du temps, j’imagine l’autre face du monde.
Je m’imagine, me mets en images et en scène, tantôt haranguant la foule à Cuba juché sur un socle d’obélisque, grand svelte épuré, falzar rouge, redingote révolutionnaire, foulard mexicain, large ceinture en flanelle, la foule en redemande;
Attitude altière, presque noble s’il ne s’agissait en fait de dénigrer, casser l’aristocratie.
J’envie ces heures ou le temps passe si vite sans laisser de traces, ni à la vue ni en odeur mais imprimée, appliquée, encrée tels les pas dans la neige. Je ressens profondément cet envie humain de laisser une trace universelle et imprescriptible.
Le froid aux mains, les extrémités qui s’engourdissent, le froid à l’œuvre  qui grignote, envahit, endolorit et finira inexorablement par endormir ne serait ce que pour conjurer et en fin de compte ignorer la douleur du froid.
Le rêve, quel rêve avant la fin? Un dernier rêve et puis tu crèves.
Dormir, dormir du sommeil du juste, avoir le droit, en faire même un devoir.
Je sors du rêve, le jour se lève, la lune s’est enfuie, la vie a repris.
Il faudrait que je dorme si ce soir je veux être en forme.

Le Chapelin

Le chef s'est éloigné...


Le chef s'est éloigné. Celui qui m'empêchait de rêver a quitté les lieux.
Je laisse mon esprit vagabonder. Quelques maisons sont éclairées. Je m'imagine dans celle qui est juste sous la lune.
Je sors tranquillement de sous ma couette et je regarde la lune qui s'estompe et fait place à l'aube.
Même sous la neige, partir, partir loin d'ici, de ce bureau triste à mourir, fuir cette ville, s'échapper, marcher sans sentir les gouttes d'eau tomber dans mon cou.
Aller vers d'autres lieux, d'autres horizons, droit devant soi… Se sentir seul au Monde et trouver, au bout du chemin, ce bout de chaise pour se reposer.
Pouvoir rêver, jouir de la clarté du jour sur la campagne.
Se sentir heureux, sans contrainte et apprécier ce moment de solitude.

Minibreiz